L’idée initiale, qui a conduit l'initiateur de ce blog à écrire un ouvrage (à paraître en mars prochain) intitulé « ACTA LATOMORUM », a été un fait des plus banals : celui-ci souhaitait déterminer si, comme on l’affirme habituellement, la Franc-Maçonnerie a bien donné sa devise à la République.
Plusieurs jours de recherches ont été nécessaires pour aboutir à un « Non » catégorique – la République française ayant fait de la triade, « Liberté, Égalité, Fraternité », sa devise le 25 février 1848 ; la Franc-Maçonnerie – en l’occurrence le Grand Orient de France – l’ayant seulement intégrée dans sa Constitution le 10 août 1849…
Pourquoi, s’est alors demandé l’auteur, ne pas réunir sous une même couverture toutes les dates, tous les faits, tous les événements relevant de l’Histoire de la Franc-Maçonnerie, évitant à d’autres chercheurs, maçons ou profanes curieux, de s’adonner à de longues et fastidieuses investigations.
Il a suffi de… feuilleter les ouvrages d’une bibliothèque personnelle abondamment garnie et de diverses bibliothèques publiques – dont certaines situées Outre-Atlantique –, de consulter des archives personnelles, d’autres civiles et militaires, sans oublier le fonds des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, pour remplir des milliers de fiches et aboutir à ce résultat : présenter en 720 pages quelque 4 630 faits et événements, ceci aux dates où ils ont réellement eu lieu.
ACTA LATOMORUM ou Annales de la Franc-Maçonnerie
par Guy Chassagnard
Éditions ALPHÉE - Jean-Paul Bertrand
720 pages.
Extrait de l'Avant-Propos
Qui n’a pas regretté, un jour, d’avoir omis de relever, lors d’une lecture, telle date se référant à un événement donné. Qui n’a pas perdu des heures, en maintes occasions, à rechercher ce qu’il eût été si simple de noter en temps utile… D’où l’idée qui nous est venue, et l’intérêt que nous avons éprouvé en sa mise en application, de ces « Annales » de la Franc-Maçonnerie – une confrérie qui, depuis longtemps, fait l’objet de nos loisirs, de nos préoccupations, et de nos passions. Il s’agit, comme l’indique tout bon dictionnaire de langue française, au mot « Annales », d’une liste d’événements tenant compte de leur ordre chronologique.
Rapportons ici le premier « élément » qui a retenu notre attention et a été, en quelque sorte, la source de notre ouvrage. Nous voulions savoir quand la Franc-Maçonnerie avait pris pour devise la triade : « Liberté - Égalité - Fraternité », et du même coup si la République Française l’avait faite sienne antérieurement, ou postérieurement. Simple envie de rendre à César ce qui appartient à César. Nos recherches nous ont permis d’établir, dans l’ordre chronologique, les faits suivants :
✔ Des Lettres Persanes de Charles Louis Condat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755), parues en 1721, au Contrat Social de Jean Jacques Rousseau (1712-1778), publié en 1762, les œuvres philosophiques du siècle des Lumières n’ont guère fait état que d’aspirations humaines à la liberté et à l’égalité ; en ignorant totalement celles que pouvaient avoir leurs auteurs pour le concept de la fraternité. Pour Rousseau, d’ailleurs : «Si l’on cherche en quoi consiste précisément le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation, on trouvera qu’il se réduit à ces deux objets principaux, la liberté et l’égalité. »
✔ 1789 (26 août) - L’Assemblée nationale, après avoir débattu sur un texte que lui soumet Jérôme Champion de Cicé (1735-1810), ancien garde des sceaux de Louis XVI, adopte une Déclaration des Droits de l’Homme stipulant que : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » « La liberté, souligne encore le texte dont on attribue à tort l’origine au marquis de La Fayette, consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » De fraternité il n’est point ici question.
✔ 1791 (27 avril) - Maximilien de Robespierre (1758-1794) monte à la tribune de l’Assemblée Nationale pour y prononcer son fameux Discours sur l’organisation des Gardes Nationales. L’orateur recommande que les Gardes portent sur leur poitrine : « Le Peuple français » et, au-dessous, « Liberté, Égalité, Fraternité ».
« Les mêmes mots, dit-il, seront inscrits sur leurs drapeaux qui porteront les trois couleurs de la nation. » Sa demande, toutefois, n’est pas prise en considérationo; et aucune suite ne lui sera jamais donnée.
✔ 1793 (21 juin - première année républicaine) - Récemment nommé maire de Paris, après avoir été ministre de la guerre, Jean Nicolas Pache (1746-1823) donne l’ordre de placarder sur les murs de la ville la formule : « Unité et Indivisibilité de la République - Liberté, Égalité, Fraternité ou la Mort ». Les manuels scolaires ne précisent pas si la décision municipale a été appréciée par la population.
✔ 1793 (7 août) - La Loge Les Amis Réunis, à l’orient de Lille, délivre un diplôme au frère Joseph de Hauterive où la formule initiale « Au nom et sous les auspices du Sérénissime Grand Maître » a été grattée et remplacée par celle-ci, plus révolutionnaire : « Au nom et sous les auspices de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité. »
✔ 1793 (8 novembre) - Montant sur les marches de l’échafaud, Madame Roland, alias Jeanne Philipon, vicomtesse Roland de la Platière (1754-1793), s’écrie sans regrets ni lamentations : « Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
✔ 1795 (24 Juin) - On peut lire l’inscription « Liberté - Égalité - Fraternité », en tête d’un compte rendu d’assemblée de la Grande Loge de France, dite de Clermont, tenue « l’an 7595, le 24ème jour du 4ème mois » et de « l’ère républicaine, l’an 3ème de la République une et indivisible le 5ème jour thermidor ». Elle y remplace la maxime si fréquemment utilisée avant la Révolution : « Union - Force - Salut ».
Ce 24 juin marque la reprise des travaux, postrévolutionnaires, de l’obédience. La liberté, l’égalité et la fraternité sont désormais dans l’air du temps ; mais ne constituent pas encore une devise, c’est-à-dire une «ofigure emblématique », comme nous l’affirme si bien le dictionnaire.
✔ 1848 (25 février) - Louis-Philippe Ier, roi des Français, vient d’être chassé de son trône par les Trois Glorieuses du peuple. La monarchie laisse la place à la (seconde) République. Membre du gouvernement provisoire, Louis Blanc (1811-1882), qui sera, plus tard, initié franc-maçon, fait solennellement adopter par celui-ci la devise « Liberté - Égalité - Fraternité » – qui sera inscrite dans sa Constitution comme «oprincipe de la République ».
Il s’agit bien ici d’une « devise »… républicaine.
✔ 1848 (6 mars) - Mais, envoyée auprès des membres du Gouvernement provisoire, une députation du Grand Orient de France n’hésite pas à souligner, dans son adresse, que « Les francs-maçons ont porté de tout temps, sur leur bannière, ces mots : Liberté, Égalité, Fraternité ». Ceux-ci vont donc, dès lors, se présenter comme les initiateurs de la devise.
✔ 1849 (10 août) - Promulgation de la première Constitution, jamais établie sous ce vocable spécifique, par le Grand Orient de France ; celui-ci y proclame solennellement « l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme », avant de souligner : « Elle [la Franc-Maçonnerie] a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité. »
Voici, clairement énoncée, la devise maçonnique… Il ne peut être mis en doute qu’elle est républicaine : elle date du 25 février 1848, si l’on s’en réfère à Louis Blanc. Du 4 novembre 1848 si l’on préfère s’en rapporter à la promulgation officielle de la Constitution de la République.
GuyChaff
vendredi 16 janvier 2009
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire